J. Bertin en 1966 : Le semis régulier de symboles proportionnels, méthode d'avenir.
24-01-2008
Quel rapport, me direz-vous, entre le bâtisseur de la sémiologie graphique et la cartographie informatisée ? Un article dans la revue Mathématiques et Sciences Humaines, en 1966 (donc avant la publication de LA sémio), disponible par le biais de NUMDAM ici.
Jacques Bertin y évoque le problème de la représentation graphique des données quantitatives comportant une composante spatiale (même si ce terme de composante n’apparaît pas encore). En quelques pages, il expose les méthodes envisageables, et leur automatisation avec les moyens techniques de l‘époque.
Au-delà de l’intérêt historique, cet article montre qu’un type de représentation cartographique a été largement oublié des éditeurs de logiciels, alors qu’on pouvait imaginer une automatisation aisée. Il s’agit des cartes utilisant des semis réguliers de points de taille variable. Exemple
Cette méthode possède l’avantage de produire des images très contrastées (donc reproductibles sans trop de problèmes), tout en permettant une perception simple et fidèle de valeurs quantitatives spatialisées, relatives ou absolues (ce qui est intéressant).
Bertin préconisait cette méthode en outre pour sa facilité d’automatisation : il était possible de modifier une machine à écrire électrique pour produire ce genre de cartes. L‘évolution de l’informatique a fait que les imprimantes sont aujourd’hui capables de rivaliser avec la qualité des tirages photographiques, et c’est donc du côté des logiciels qu’il faut chercher les coupables de l’oubli de cette méthode de représentation.
Paradoxalement, il est en effet assez difficile de concevoir un programme qui soit capable de dessiner des semis réguliers de formes dans des zones polygonales. Le problème n’est pas dans le dessin des symboles, généralement des cercles, mais dans leur positionnement sur un semis et leur inscription dans des régions polygonales, tout en préservant une bonne définition. Du point de vue de la conception logicielle, cela implique en effet de générer une nouvelle couche de points régulièrement espacés, d’y dessiner des symboles proportionnels vectoriels, et de découper ces symboles selon les limites des zones.
J’ai l’impression que cette complexité technique a été la cause de l’oubli de cette méthode dans les différents logiciels de cartographie statistique automatique développés depuis. Certains proposent des semis de points répartis aléatoirement, de couleur parfois variable (je pense à Mapinfo, Cartes&Données et Philcarto, notamment). Mais je n’ai pas encore vu de semis de symboles proportionnels réguliers (je ne demande qu‘à être détrompé !). Trop souvent c’est la diversité de l’offre de représentation qui est préférée à la précision (voir à la qualité) de la représentation. Vous pourrez par exemple utiliser une foultitude de symboles différents dans les logiciels de SIG, mais ils ne seront généralement pas proportionnels (par leurs surfaces), ou utiliser une large palette de trames dans vos polygones, mais ce seront des trames bitmap de relativement faible définition, dont la valeur (de gris) est difficilement appréciable, et la continuité aléatoire.
Ah si j’avais le temps et le courage, je transformerais SCALP en lui intégrant la JTS, ce qui ouvrirait la voie à de nombreuses possibilités de dessin vectoriel… notamment les trames précises et les semis réguliers.
oct 23, 23:43
Le seul problème dans cette forme de représentation (tout à fait judicieuse) tient au fait qu’on ne peut pas lire des quantités absolues contrairement à ce qu’affirme Bertin, du moins difficilement et sûrement pas d’un coup d’oeil. Carte 8: essayer de répondre à la question suivante quel département à 2 fois plus de demandes qu’un autre? (c’est très fastidieux de compter les points puis d’identifier la taille et multiplier le tout pour obtenir la quantité)…