Post-NeoGeography

Dec 25, 03:53 PM

Titre volontairement provocateur, pour évoquer la controverse actuelle sur les blogs géomatiques, sur la question de la “neogeography” : est-ce du SIG, du non-SIG, le péril de la science géographique ou son avenir ?

L’article qui concentre l’attention des bloggeurs est celui de AllPointsBlog, citant Mike Hickey, le patron de Pitney Bowes (récent acteur du monde de l’industrie du SIG par le rachat de Mapinfo). En substance, la citation peut se traduire ainsi : “l’explosion de la neogeography suscite de l’intérêt et pousse à la convergence des données collaboratives, mais ce n’est pas du SIG”. L’auteur du billet, Joe Francica, rédacteur en chef de Directions Mag, rajoute que la neogeography ne crée pas de nouvelles données, et que ce n’est pas de l’analyse spatiale. S’en suit un débat mouvementé dans les commentaires, qui confine au trollage.

Mais qu’est-ce que la neogeography ? The Map Room s’est posé la question. Il s’agirait de la fusion de l’expérience et des données utilisateur (le Web 2.0 en somme) et de la cartographie en ligne. Donc ce qu’on appellait les “mashups” il y a peu. On pourrait aussi parler de WebMapping 2.0 si l’on suivait l’exemple de Tim O’Reilly, qui essaye de promouvoir sa vision de la neogeography comme élément du Web 2.0 dans les conférences Where 2.0 qu’il organise. Une définition plus avancée est donnée sur le blog placekraft, qui insiste sur les aspects d’amateurisme et de localisme (dans un sens non péjoratif).

Tout le monde est bien conscient de l’intérêt du grand public pour la cartographie dynamique, interactive, en général, et la localisation des données, leur visualis(z)ation cartographique en particulier. Cet engouement a été pris en compte et accompagné par les “acteurs” du web, qui proposent aujourd’hui de nombreuses possibilités de géocodage (au sens large de localisation spatiale) et d’exploration de données géographiques diverses.

On comprend l’enjeu que cela représente pour les industriels du domaine, et on s‘étonne de la réaction du nouveau propriétaire de MapInfo qui semble vouloir rester à distance de la neogeography, insistant sur sa différence supposée d’avec le SIG. Réaction frileuse pour privilégier un marché “professionnel” ? Méconnaissance du “Web 2.0” bien réel aujourd’hui malgré les doutes qu’ont pu faire naitre cette conceptualisation a posteriori ? Les hypothèses sont diverses, et les commentaires des billets cités plus haut donneront un aperçu assez large de la question.

Pour ma part j’apprécie le fait que la géographie connaisse depuis quelque temps un intérêt marqué auprès de l’utilisateur d’Internet moyen. Mais je déplore la précipitation avec laquelle des “non spécialistes” ont semble-t’il répondu à cet intérêt. Pour reprendre un billet précédent, il suffit de regarder la carte de Google Maps losque l’on choisit une très petite échelle : c’est une projection de Mercator, qui s’enroule sur elle même en un cylindre infini. Est-ce la meilleure façon de présenter la Terre au grand public ?
Certaines simplifications abusives peuvent avoir un effet néfaste sur la connaissance géographique, par exemple dans le cas des images satellitales dont la composition colorée varie, et souvent n’est pas appropriée à la réalité terrain.
Autre exemple récent, un billet de Paul Ramsey nous apprend comment des développeurs de Microsoft voient le monde : latitudes et longitudes inversées, parce qu’il n’y aurait “aucun consensus de l’industrie sur un standard de présentation”. Confiez la cartographie à des informaticiens, ils prendront la latitude et la longitude pour des variables comme les autres.

Mais ne noircissont pas le trait, il semble que cet intérêt pour l’approche spatiale ait déclenché un renouveau de la cartographie statistique, non pas dans ses méthodes (pour l’instant), mais dans ses outils. La possibilité de localiser rapidement une information à composante spatiale sur un fond de carte précis (songez aux fonds mis à disposition par Google Maps, Microsoft Local ou Yahoo Maps), s’accompagne de la mise à disposition gratuite de moyens de développement utilisant ces données (les API). A partir de ces bases, de nombreux développements ont vu le jour, pour proposer par exemple la conversion et l’ajout de données, de nouvelles formes de représentation.

C’est le point qui me semble aujourd’hui intéressant de relever : des données géospatiales utilisables gratuitement en ligne, libres ou non, sont disponibles selon certaines conditions. Au même moment, de nouveaux outils de développement pour le web, visant à dépasser les limites de “la page web”, et à se repprocher d’une interface classique, voient le jour. Deux projets sont concurrents, Flex/Air d’Adobe , basé sur le flash, et Microsoft SilverLight.

Pour l’instant réservés aux développeurs professionnels, ces outils permettent la création de sites Internet d’un nouveau genre, basés sur du graphisme vectoriel (enfin !), et une interface libérées des contraintes du HTML.

Voici des exemples :

  • Un site cartographique réalisé en flash sur la base des données de Microsoft Live.
  • Une démonstration réalisée avec SilverLight présentant une carte interactive.
  • ESRI propose même une intégration de son ArcExplorer dans une application Flex.
  • MapQuest propose de même une API intégrée pour Flex.
Reste à observer la façon dont ces nouveaux outils vont mettre en pratique la méthodologie de cartographie thématique, l’avenir nous réserve certainement quelques hoquets de surprise ou d’horreur ! Mais certainement un renouveau de la réflexion sur la façon de représenter une information dont une composante est spatialisée.

Comments:

  • Makosol
    Dec 26, 04:20 PM

    Voir flex et silverlight comme des avancées permmettant de réaliser “enfin” des applications internet utilisant le graphisme vectoriel, c’est méconnaître les technologies existantes comme le SVG et AJAX qui permettent d’or et déjà de telles applications. Ce sont surtout des technologies ouvertes, contrairement à celles que vous mentionnez, qui sous couvert de révolution permettent surtout la main mise de ces deux éditeurs sur le web. Rappelons que Microsoft est largement responsable de la non évolution du web en ayant stoppé pendant 5 ans le développement de son navigateur et, abusant de sa position dominante, emppéché l’usage des technologies issues du W3C, comme le SVG par exemple.

  • Laurent Jégou
    Dec 27, 08:44 AM

    Merci de votre commentaire, je vais tenter de vous répondre. Je parle, dans ce billet, d'outils permettant de créer des applications web, basés sur du graphisme vectoriel, pas du graphisme vectoriel en lui-même. SVG a été une technologie prometteuse de graphisme vectoriel, j’en ai d’ailleurs présenté quelques possibilités en cartographie dans la revue M@ppemonde (n°74, en 2004). Dans l’objectif de créer des applications, des interfaces graphiques, SVG est aujourd’hui assez lourd, mal interprété par les navigateurs, et difficile à mettre en place. Il suffit de regarder la place du SVG sur le web aujourd’hui pour comprendre que son rôle restera la présentation de graphismes vectoriels, éventuellement faiblement animés.< br/>Quand à AJAX, il s’agit d’une technique javascript permettant une interaction plus souple entre page web et serveur. Rien à voir avec le graphisme vectoriel, et peu avec le dépassement du cadre de la “page” web.

    Enfin pour vous répondre sur l’ouverture des technologies, ce n‘était pas mon propos mais j’ai mon avis là-dessus. Je crois deviner qu’il est assez proche du votre. Cependant on peut noter que le SDK de Flex3 est sous licence Mozilla, ce qui a provoqué un intérêt important de la part des développeurs (c‘était surment l’effet recherché).

  • yjacolin
    Jan 3, 12:32 PM

    Laurent,

    Tu noteras que OpenLayers utilise la technologie SVG pour rendre la partie vectorielle sous Firefox (qui le gère nativement). Il y a eu d’autres applications qui l’utilisaient. Ceci dit n’ayant pas évolué, le SVG pourrait être dépassé effectivement.

    Alors, le SVG une techno dépassée ? Cela vaut son débat ;)

    Bonne année,

    Y.

  • mauviere
    Jan 3, 07:44 PM

    C’est drôle de voir qu’en matière de cartographie interactive, on est toujours ramené à un débat sur les technologies, standard versus propriétaire, les rengaines habituelles, etc. Dire qu’il faille encore subir en 2008 des « posts » réflexes dignes de Pavlov…

    S’interroger sur l‘évolution des façons de concevoir des applications géographiques en ligne, c’est d’abord constater que l’essentiel des techniques “modernes” existent depuis un certain temps déjà.

    Si on décortique par exemple Google Maps, on voit que le plus spectaculaire : – c’est d’abord un affichage cartographique qui s’adapte à la surface de l‘écran et des outils de zoom et de déplacement intuitifs et hyper-réactifs. Or Google n’a pas inventé le tuilage des images raster. Mais il le met en scène de façon époustouflante grâce à une interface très simplifiée et des astuces accélérant l’affichage des dalles (par anticipation des déplacements de l’utilisateur par exemple) ; – c’est ensuite des objets (punaises, fiches-infos) apparaissant en superposition via la transparence permise par certains formats image. Mais Google n’a pas inventé le png. – c’est enfin, et ce n’est que là qu’on commence à parler d’Ajax, de petites requêtes serveur envoyées et traitées sans rechargement violent de toute la page. Mais ces techniques d’interrogation asynchrone étaient connues des développeurs SVG et Flash depuis de nombreuses années.

    Il a fallu le génie de l‘équipe de développement de Google Maps, en concevant une interface simplifiée hyper fluide, en mobilisant des fonds photographiques et des plans routiers récents, pour créer un nouveau paradigme. La diffusion d’une API permettant de plaquer ses propres données a fini d’assurer le succès de l’outil.

    Les formats vectoriels en carto sont utilisés également depuis longtemps par les développeurs Java, Flash ou SVG. Mais le vectoriel n’a de réel intérêt qu’en cartographie statistique, et cette façon particulière de faire des cartes n’intéresse qu’un public assez restreint.

    Flex n’apporte pas grand chose de nouveau, c’est juste la dernière version de Flash avec une bibliothèque de composants plus étoffée. Et les exemples que vous proposez sont plutôt lourdingues, en particulier le premier. Ce n’est pas la technologie qui crée la rupture, c’est l’intelligence de ceux qui inventent de belles interfaces-utilisateur et cherchent ensuite des solutions techniques pour les mettre en œuvre, sans a priori.

    Trop souvent, et c’est le cas avec certaines applis estampillées “néo-géographie”, l’interface n’est qu’une démo bâclée de la dernière librairie à la mode.

  • Laurent Jégou
    Jan 4, 09:54 AM

    Je voudrais remettre l’accent sur ce que je voulais relever au départ dans mon billet, et préciser mon propos. Naturellement, évoquer des standards et des technologies “propriétaires” ne peut que faire réagir, je m’y attendais.

    Ce qui me paraît intéressant c’est la possibilité nouvelle de réaliser des applications web, donc des interfaces utilisateur, sans être limité par l’obligation de la faire tenir dans une (ou des) “pages” web. Et de coupler cette possibilité avec l’utilisation de formes vectorielles pour le dessin de ces interface.

    Le SVG existe depuis très longtemps (à l‘échelle des technologies Internet), mais il est quasiment exclusivement resté dans un rôle d’affichage de graphismes, pas d’interface. Il reste utile pour afficher des informations cartographiques, avec OpenLayers ou MapServer/PostGIS par exemple.

    Enfin je suis tout à fait d’accord avec Éric Mauvière pour mettre en avant l’interface-utilisateur. C’est trop souvent cet aspect qui pèche par insuffisance, et qui limite la diffusion d’une technologie pourtant utile. Mais il me semble que SilverLight et Flex ne sont pas que des technologies, et que justement les aspects de développement d’une application complète, donc avec une interface, sont présents. Et l’on sort enfin du cadre de la “page” web, en utilisant des graphismes vectoriels qui plus est.

    Certes Flash présentait déjà ces caractéristiques (application vectorielle) depuis longtemps. Mais flash trainait avec lui son (lourd) héritage d’outil de création de petites animations. Si ses possibilités graphiques étaient grandes, le développement d’applications complexes, ouvertes sur des données distantes par exemple, était assez difficile. Mon expérience dans ce domaine est cependant largement plus courte que celle de M. Mauvière (GéoClip).

    Je pense que Flex va pécisément effacer cette limitation. Flexbuilder, basé sur Eclipse, propose un réel environnement de programmation. ActionScript3, est un réel langage de programmation objet, associé à une API complète. Donc on a peut-être là un moyen de relier des technologies web matures à la possibilité de réaliser des interfaces utilisateur facilement (graphiquement, et par utilisation de widgets).

    Le concept du moment en programmation web ce sont les “client riches”, et la pression des éditeurs logiciels dans ce domaine est grande.
    On pourrait d’ailleurs parler aussi de Java, qui fait de gros efforts en ce moment pour moderniser son approche des interfaces, mais reste réservé aux développeurs.

    En résumé, j’espère que cette évolution permettra un accès plus facile au développement d’applications web, et que la disponibilité concommittante de données géographiques permettra un renouveau des outils de représentation. Pour faire de la néo-géographie autre chose qu’une simple localisation de ses photos de vacances :)

  • mauviere
    Jan 7, 09:17 AM

    Je comprends ce que vous voulez dire et vous suis bien sur l’idée que Flex (ou Silverlight) peuvent provoquer un déclic chez un certain nombre de développeurs web. Il est très facile de développer avec Flex un tableau de bord dynamique et esthétique.

    Il semble bien du reste qu’Adobe commence avec Flex à gagner son pari de séduire les poids lourds du secteur “décisionnel”, en évacuant l’image de Flash « gadget pour les publicistes ». Yahoo, Google, SAP, HP etc. ont investi sur ce produit, qui en est tout de même à sa version 3.

    Pour autant, l’inconvénient majeur des applications Flex réside pour l’heure dans leur poids. Le fait de s’appuyer sur une architecture objet ambitieuse et une palette fournie de composants (containers, tableaux, graphiques…) se paye par des volumes minimum de 400 à 800 ko de programmes à charger, sans parler des données géographiques elles-mêmes si l’on eut faire de la carto. En dépit de l‘évolution moyenne de la bande passante, cela reste un frein pour beaucoup d’utilisateurs qui, même s’ils disposent d’une connexion rapide, ont d’emblée une image défavorable d’une appli qui met plus de 10 secondes à se charger. C’est l’une des raisons pour lesquelles Yahoo vient de décider de faire migrer son Yahoo Maps en Flex vers une solution proche de celle de Google, en Ajax. Il faut dire qu’utiliser Flash pour présenter des couches raster n’a pas grand intérêt.

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